Ueli Maurer Conseiller fédéral. Putain, une voix !

Publié le par mathématiques souterraines

Une voix ! C’est à une voix près que l’assemblée fédérale (parlement) a élu l’ancien président de l’UDC (droite nationaliste) Ueli Maurer au Conseil fédéral (gouvernement), le préférant à un autre UDC, un peu plus présentable, celui-ci.

Hansjörg Walter a eu chaud aujourd’hui, paraît-il. Le président de l’Union suisse des paysans était le favori de l’ombre, celui que la gauche et une partie de la droite préféraient au ticket Blocher-Maurer présenté par l’UDC zurichoise. Or, le parti avait mis la pression sur ses membres en menaçant d’expulsion du parti quiconque accepterait l’élection au Conseil fédéral sans avoir été intronisé par son parti. S’ils avaient eu le cran de virer le représentant des paysans ? Nul ne le sait, nul ne le saura, dommage…

Rappelons certaines choses…

Les règles du jeu ont changé

La non réélection de Christoph Blocher, chef incontesté de l’UDC a traumatisé le parti. Et pourtant… lui-même était arrivé au pouvoir quatre ans plus tôt après avoir organisé le « putsch » de la Conseillère fédérale démocrate-chrétienne Ruth Metzler, et personne n’en avait fait un plat. Personne, en ce temps, n’avait parlé de « conspiration » ou autre « stratégie de l’ombre »… à croire que l’UDC a tellement investi les esprits qu’elle impose son champ lexical aux médias ?

C’est donc à partir de l’élection de Christoph Blocher et non quatre ans plus tard, lors de sa non réélection, que la donne a changé au Conseil fédéral : personne n’est sûr de son poste, la réélection ne va plus de soi, elle est devenue un enjeu politique. Qui change les règles du jeu ne devrait pas se plaindre lorsqu’elles s’appliquent aussi à sa personne, à moins d’être d’une totale mauvaise foi.

Les candidats non officiels sont foison dans l’histoire

L’UDC a fait tout un plat du fait que l’assemblée fédérale s’était refusée à élire son candidat officiel, tout d’abord lors de l’élection de Samuel Schmid, puis lors de la réélection de Christoph Blocher. Ils hurlent à la traîtrise, au déni de démocratie, au non-respect de la volonté du peuple (dont ils sont les seuls dépositaires, bonjour la rhétorique totalitaire, Enver Hoxha apprécierait !)… Pourtant, on ne les a pas beaucoup entendu lorsque les socialistes, a plusieurs reprises, ont dû accepter un conseiller fédéral autre que celui qu’ils avaient proposé… Pour mémoire, en 1959, Walther Bringolf, candidat officiel, a dû s’effacer devant Hanspeter Tschudi. En 1983, le parlement avait préféré Otto Stich à la candidate officielle Lilian Uchtenhagen (voir cet article). Non seulement l’UDC a brillé par son silence, mais vous pouvez bien imaginer que ce parti ne s’est pas privé pour accorder ses voix au candidat modéré (Tschudi) ou masculin lorsque l’occasion s’était présentée. Respectueux des règles démocratiques, le PS n’a jamais exclu quiconque ni d’ailleurs menacé de bloquer les décisions du gouvernement, comme l’a fait l’UDC cette année et excluant deux conseillers fédéraux et en ne votant pas le budget de l’armée, ce qui était un peu fort de café venant de ce parti qui coquette avec les milieux d’extrème-droite, donc pro-armée à fond !

image trouvée ici.
Les parlementaires bourgeois sont des mous dangereux

Rappelons pourquoi le milliardaire Christoph Blocher n’a pas été réélu : son bilan à la tête du département de justice et police est inexistant : à part virer du personnel et durcir les lois sur l’asile et les étrangers, en quatre ans, il n’a rien fait ! Mais ce fait seul n’aurait pas suffi à provoquer sa non réélection. Elle n’était pas uniquement due au style de tribun, de chef de bande, de l’ancien Conseiller fédéral : pendant quatre ans, il s’est assis sur la collégialité, critiquant les décisions de ses collègues et menant campagne pour ce qui l’arrangeait sans tenir compte des décisions du Conseil fédéral. Ce parti qui sort le drapeau à croix blanche à chaque occasion, s’agit-il de se curer le nez, ne respecte pas le fondement de la manière helvétique de fonctionner dans un gouvernement qui réunit les principales forces politique du pays. D’après Le Temps, journal qu’il est difficile d’accuser de gauchisme, Christoph Blocher, en 34 mois au Conseil fédéral, a attaqué à 28 reprises les institutions suisses. Chef de l’opposition brune ou Conseiller fédéral, il aurait dû choisir. Heureusement, l’assemblée fédérale l’avait fait pour lui !

Une année plus tard, rebelote, l’UDC repart dans le coup du chantage foireux en présentant un « double » ticket Blocher-Maurer. En quoi Ueli Maurer, président de l’UDC pendant plus d’une décennie, responsable de la radicalisation du parti et des campagnes de triste mémoire, serait-il plus présentable que Christoph Blocher ? J’aimerais bien que l’on me l’explique. Ce qui est clair, c’est que les parlementaires bourgeois se sont dégonflés devant les menaces de l’UDC et ont accepté le chantage au candidat officiel. Non seulement ils n’est sortent pas grandi, mais ils remettent un extrémiste au Conseil fédéral. L’avenir nous montrera si le jeu en valait la chandelle…

L’Ueli Maurer nouveau est arrivé…

Correct dans ses rapports humains ? Capable de respecter la collégialité ? Même Christiane Brunner fait l’éloge de l’Ueli nouveau. D’ailleurs, il aime beaucoup les enfants, il songe même à écrire un livre pour mioches… Le niveau de la discussion sur l’Ueli nouveau n’en finit pas d’étonner ! Au lieu de s’ébahir devant ce nouvel homme censé naître avec la fonction, pourquoi ne pas regarder ce que l’ancien Maurer a été capable de faire alors qu’il était à la tête, enfin, à la présidence du plus grand parti de suisse ? Il est le plus grand contributeur à la détérioration de la vie politique suisse, en se servant à toutes les sauces des étrangers comme boucs émissaires. Non seulement il est contre l’adhésion à l’Europe, mais également contre la voix bilatérale, qu’il veut torpiller par tous les moyens, n’en déplaise à notre industrie, qui gagne un franc sur trois dans l’exportation. Il veut interdire les minarets et renvoyer les femmes aux fourneaux. Pour une liste plus exhaustive, lisez cet article de l’hebdo. Et c’est un type pareil qui est censé représenter toutes les suissesses et tous les suisses au gouvernement ? Ces prochaines années, n’oublions pas de remercier les parlementaires bourgeois, sans qui tel « cadeau » n’aurait pas été possible…

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D
Maurer élu d'une seule voix... la sienne ! ;-)
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