Elections au Conseil fédéral du 10 décembre : l’UDC se fout de la gueule du monde !
Ben voilà ! Réunie hier en conclave à Niederbuchsiten, la mal nommée union démocratique du centre (UDC, droite xénophobe) a nommé ses candidats à la succession de Samuel Schmid au Conseil fédéral. Rebelote, Christoph Blocher, le Conseiller fédéral évincé l’année passée, est à nouveau sur le ticket du parti, suivi de l’ancien président de l’UDC Ueli Maurer, l’homme des campagnes nauséabondes contre les étrangers, qui passe à présent pour un modéré…
Le chantage paie
ci-dessous: le candidat Blocher
Unanime, la presse estime qu’Ueli Maurer a de bonnes chances de devenir conseiller fédéral. Il faut rappeler que son parti a mis la pression pour empêcher l’élection d’un UDC non adoubé par son parti : après l’éviction du Führer Blocher au profit d’une Evelyne Widmer-Schlumpf, pourtant une UDC bon teint si on en juge par ses déclarations en matière d’asile, le parti prévoit de foutre dehors tout membre qui accepterait son
élection au conseil fédéral s’il n’est pas nommé par ses sections. Et même si la politique d’opposition fait plus de tort à l’UDC qu’au reste de la suisse, qui ne s’en porte pas plus mal, les partis de droite ne semblent pas décidés à refaire le coup de l’année passée, c’est-à-dire d’élire un UDC qui serait d’acc
ord de jouer le jeu de la concordance, pourtant obligatoire dans un gouvernement qui rassemble les principales forces du pays, de la droite nationaliste au parti socialiste…
Cette « double » candidature s’apparente à une mauvaise farce : en effet, aucun autre parti que l’UDC n’accepterait de remettre Blocher au Conseil fédéral après le bilan qu’il a laissé de ses quatre ans au gouvernement. L’assemblée fédérale a donc le « choix » entre Maurer et Maurer !
Depuis quand Ueli Maurer est-il un modéré ?
Evidemment, on est toujours le modéré de quelqu’un : par rapport à Hitler, par exemple, Ueli Maurer passe facilement pour un humaniste. Toutefois, il est bon de rappeler en quelques phrases qui est l’ancien président de l’UDC suisse.
Ueli Maurer, était le président de l’UDC pendant des années ; c’est lui l’artisan des campagnes de haine contre les étrangers de triste mémoire. Intellectuellement, il est plus proche de Bush que d’Einstein et ne loupe pas une occasion pour dire une connerie. Voilà un petit florilège de la pensée du bonhomme :
Ueli Maurer, Limmat de la pensée
C’est donc lui, en tant que chef de la propagande de l’UDC, qui est notamment à l’origine de la campagne des « moutons noirs » qui a fait connaître la suisse dans tous le monde comme pays raciste et que même l’ONU s’en est alarmée !
Alors que l’Allemagne et la Suisse se disputaient sur le bruit des avions aux alentours de l’aéroport de Zurich, notre grand stratège à sérieusement proposé de fermer les frontières entre la Suisse et l’Allemagne ! (je cite de mémoire) Et pendant qu’il montre ses petits muscles, on bouffe quoi, nous ? Et notre économie qui gagne un franc sur trois à l’étranger, elle se recycle dans le babeurre ?
Commentant l’inquiétude principale des suisses, qui, à l’époque, consistait dans le réchauffement climatique, notre Ueli réplique finement que cette question relève de l’ « hystérie de gauche » et que « les gens aiment bien s’il fait un peu plus chaud »… (relevé sur : http://www.antisvp.antifa.net/wordpress/2007/05/31/ueli-maurer-und-die-sorgen-der-schweizer/)
Le personnage n’est pas plus sympa avec ses anciens collègues de parti : parlant des conseillers fédéraux Schmid et Widmer-Schlumpf, pourtant anciens UDC, ils les a comparé à une « appendicite, qui n’a pas de fonction vitale dans un organisme, mais qu’il faut enlever si elle s’inflamme »… (trouvé sur : http://www.antisvp.antifa.net/wordpress/2008/02/29/ueli-maurers-subtile-abschiedsworte/)
… Et dire qu’on pourrait hériter d’un type pareil au gouvernement !
L’assemblée fédérale a donc le choix entre Blocher et son clone, entre le Dr. Evil et Mini-Me ou, si vous préférez, entre le docteur Frankenstein et sa créature. Tu parles d’un menu ! Le plus énervant, ce n’est pas que l’UDC use de cette stratégie lourdingue pour parvenir à ses fins, à savoir occuper un siège du gouvernement avec un UDC fondamentaliste, qui instrumentaliserait la fonction pour servir son parti comme l’a fait Blocher, mais c’est bien que l’assemblée fédérale dans sa majorité soit capable de tomber dans un panneau pareil !
ci-contre: mini-me a été déniché ici!
S’asseoir sur la Constitution
C’est pas pour dire, mais ce parti qui n’a que le mot « Suisse » dans la bouche et qui clame sur tous les tons que notre culture, notre spécificité est mise en danger par un raz-de-marée d’étrangers tous plus ou moins barbares pourraient relire notre Constitution. Notamment son article 175 qui règle la composition et l’élection du Conseil fédéral. Je cite l’alinéa 3 : (les conseillers fédéraux) (…) sont nommés pour quatre ans et choisis parmi les citoyens et citoyennes suisses éligibles au Conseil national.
Ca peut donc être n’importe qui et c’est bien à l’assemblée fédérale, et non à l’UDC, d’élire librement le conseiller fédéral qui remplacera Samuel Schmid ! C’est ça, le système suisse, messieurs dames, alors cessez de brandir le drapeau à croix blanche dès qu’il y a un pet de travers si vous êtes infoutus de respecter sa loi fondamentale !
Deux zurichois au conseil fédéral…
Au surplus, mais au point ou on en est, on peut considérer ceci comme une question de détail… Si Ueli Maurer est élu, ça nous fera deux zurichois au Conseil fédéral, ce qui n’étonnera personne venant de l’UDC dont l’arrogance de sa section zurichoise et sa mainmise sur le parti est connu bien au-delà des frontières cantonales. C’est pas très sympa pour les autres régions du pays (ni pour les romands qui vont à nouveau subir le français de ces tristes personnages)… Pas très sympa ni très constitutionnel, d’ailleurs, si j’en crois l’alinéa 4 de l’article 175 (Les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral.)
Lorsque l’on songe cinq minutes à cette « double » candidature, on pourrait continuer comme ça à s’énerver des heures… Mais comme il faut bien conclure, je le ferai par un vœu à nos « grands électeurs » : s’il faut élire un UDC en raison des 30% des votants que représente ce parti, soit. Mais que l’assemblée en choisisse un qui soit un tant soit peu constructif ! Et si l’UDC pique sa crise après l’élection, grand bien lui en fasse !
Pour les aider, nous avons trouvé ce graphique qui illustre les positions politiques des principaux candidats UDC. Source: 20 Minuten

Ils agitent la menace de l’opposition ? Et bien, qu’ils y restent !