Pour aller à gauche, c’est par où ? Réponse à l’Ours

Publié le par mathématiques souterraines

Note à ceux qui veulent suivre : ce billet répond à celui-là, lui-même provoqué par un commentaire à cet article des Chroniques de l’Ours.

Cher Ours,

Derrière ton pseudo poilu se cache une grande sensibilité, j’en suis sûre ! J’ai beaucoup aimé ta réponse, toute en demi-teinte, loin des coups de massues idéologiques auxquels on est habitué lorsqu’on fricote avec le monde politique. Je vais tenter de faire tout aussi bien.

Où sommes-nous, où allons-nous, et l’étagère ?

Ce siècle qui commence a vu s’écrouler les grandes espérances humaines. Je ne parle pas seulement du communisme, c’est évident, mais aussi du mythe du progrès, du libéralisme (qui nous vient des lumières avant d’avoir été dévoyé par les épigones du capital qui ne connaissent même plus leurs classiques), de l’émancipation du Tiers-Monde et j’en oublie certainement. A quelque part, en effet, il y a un problème de croyance : pas de foi religieuse, mais de croyance en l’homme, en sa capacité de construire un monde meilleur, plus juste.

Dans ce contexte, la droite à beau jeu : elle est en phase sur son temps, elle qui prône l’égoïsme, la concurrence, l’individualisme… Elle ne peut pas décevoir son électorat, et même si elle le déçoit, comme c’est le cas pour les paysans, les petits entrepreneurs, la classe moyenne en voie d’appauvrissement, etc., ces gens-là ont tellement intériorisé le darwinisme social qu’ils se rendront eux-mêmes responsables de leurs échecs plutôt que de mettre en cause une certaine politique mise en place par la droite (déréglementation, mondialisation etc.). Au pire, ils rejetteront la faute sur les étrangers et rejoindront le rang des frustrés d’extrème-droite. En Suisse, la droite nationaliste capte ainsi environ un tiers des suffrages !

Une gauche gauche…

Oui, je sais, c’est pas drôle… j’ai pas pu m’en empêcher. Le problème avec la social-démocratie, c’est qu’au fil du temps, elle s’est droitisée… A force de gouverner, au lieu de changer les institutions, c’est elle qui a changé. En même temps, elle est socialement composée d’une frange de la population qui s’accommode très bien de ce système. Il y a peu d’ouvriers sur les listes sociales-démocrates…

Quant au reste de la gauche, même si elle pèse quelque 5% des suffrages en moyenne, passe le plus clair de son temps à s’engueuler, de chapelle et chapelle, de rechercher les traîtres et les faux révolutionnaires en son sein, et, de scission en rassemblements unitaires, même les plus aguerris en perdent leur latin.

Que demande le peuple ?

Tu dis que le peuple est seul face à lui-même. Mais ça, à part lors d’époques révolutionnaires, ça a toujours été le cas ! En tout cas en Europe, le peuple est normalement peu politisé (en Suisse, on atteint des abîmes dans ce domaine et une participation de 50% lors d’élections ou de votations est considérée comme un succès !). En général, le peuple veut en effet vivre tranquillement des fruits de son travail ; il veut la sécurité, des loisirs, l’amour, la baise, faire des enfants, vieillir au coin du feu… Des objectifs tout-à-fait louables ! Le problème se pose lorsque ces aspirations sont détruites par des politiques, on les connaît, qui ont pour nom flexibilisation du travail, déréglementations, franc fort… En ce moment, c’est pas les 30 glorieuses, mais plutôt les 30 merdeuses !

Les frustrés et les autres

À nouveau, il y en aura qui rejoindront les rangs de l’extrème-droite car il est tellement plus facile de taper sur plus faible qui soi. Il n’empêche que, politiquement, nous vivons une époque mouvementée et que beaucoup de gens se rendent compte que notre système va droit dans le mur.

J’ai commencé ce texte en parlant de croyance, car seule la croyance dans certains idéaux permet de mener la longue et dure lutte qui serait nécessaire de mener si l’on ne veut pas voir ce monde s’écrouler sur lui-même dans un fracas de tôles et de sang.

Une gauche vraiment plurielle

Personnellement, je n’ai rien contre la bonne social-démocratie. Contrairement à ce que tu sembles écrire, je ne pense pas que le partage des richesses, la justice fiscale, la sécurité sociale soient du « naviguage à vue » et relèvent d’un manque d’objectif. Bien sûr, on ne change pas le monde en augmentant les retraites, on laisse même ses fondements tels qu’ils sont, mais en attendant, les p’tits vieux ont de quoi vivre dignement ! La justice sociale, telle que la concevait la social-démocratie avant qu’elle se renie, porte des idéaux de solidarité et d’humanité que je ne jetterais pas avec l’eau du bain. Par contre, pour refonder un espoir, une « croyance » au sens où je l’entends plus haut, cela ne suffit pas.

Ce qu’il nous faudrait, c’est qu’en plus de défendre ces intérêts, on ait un mouvement qui tende à véritablement changer ce monde ! Un mouvement qui s’inspire des dernières connaissances humaines, notamment en termes d’écologie, qui prenne en compte d’idées telles que la décroissance, le féminisme, l’autogestion ; un mouvement qui tente vraiment de répondre aux problèmes de notre temps au lieu de ressasser une phraséologie valable, au mieux, au début du siècle passé. Seul un tel mouvement, seule une telle pensée pourrait réinsuffler de la « croyance » à assez de monde, les politiser, et nous permettre de construire une véritable alternative.

Ben voilà, on sait ce qu’il nous reste à faire ☺

A tout bientôt,

Mathématiques souterraines.

PS : mon pseudo vient de la chanson éponyme d’Hubert-Félix Thiéfaine. Ecoute un peu!


Thiéfaine-Mathématiques souterraines
envoyé par animal_bluesymental

Crédits illustrations:  http://a.gauche.free.fr/IMG/jpg/gauche-droite.jpg et http://www.re-so.net/IMG/arton4028.jpg

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Publié dans prises de tête

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M
C'est les CARNETS et pas les chroniques de l'Ours... j'm'ai planté. Désolé!
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